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Nouvelle date

 

Où sont donc les filles ? Je vois encore les garçons. Je les vois plus souvent qu’auparavant en fait. Ils sont tout le temps dans les rues, de nos jours. Avec leurs hanches minces et leurs épaules larges, ils sont faciles à reconnaitre. Ils ont l’air éclatant de santé. Ils bougent comme des panthères !

En plein jour, on ne les voit pas, bien sur, mais ils sont dehors la nuit aussi. Je passe souvent des heures à les regarder. Au début je suppose que je cherchais mes enfants. Mais cela fait 8 ans maintenant : ce ne sont plus des enfants ! Comment pourrais reconnaître Emilie ou Loic dans les silhouettes imprécises des jeunes gens qu’ils sont devenus ?

Alors j’ai renoncé, je suppose. Maintenant je me contente de les regarder tous, la nuit. Des nuits entières parfois. Ne dorment-ils jamais ? La lumière du soleil les efface mais celle, artificielle, des réverbères les révèle bien. Vous ai-je dit qu’ils ont remis en marche l’éclairage public ? Je suis si fiere d’eux, mes petits.

Mais ce que je préfère, ce que tout le monde préfère, c’est la clarté lunaire. Pour je ne sais qu’elle raison – et je ne saurai jamais maintenant que j’ai renoncé à mon enthousiasme pour les sciences – plus que toute autre elle nous révèle les détails du Premier monde. La lune est traitresse bien sur, maintenant que les climats de nos deux Terres commencent à diverger, on ne peut plus tant lui faire confiance et s’attendre à ce qu’elle apparaisse aux deux endroits au même moment. Mais quand c’est le cas, quand on peut être le témoin d’un tel moment magique, la lumière de la Lune revêt tous ces garçons d’étranges lignes et de flammes qui les habillent d’une telle beauté imprécise que j’en pleure parfois jusqu’au matin.

Mais où sont donc les filles ?

 

Nouvelle date

 

J’ai posé la question mais on se refuse à me répondre. C’est plus que le silence habituel  et un rien dédaigneux de nos nouveaux maîtres : c’est le refus même d’envisager l’existence d’un problème. Nous les avons mis à notre tête, ces savants, parce qu’ils pensent mieux que nous mais, vous voyez, ils ne savent pas mentir.

On nous cache quelque chose…

 

Plus tard.

Voilà ce que je sais, ce que j’ai pu apprendre sur le web et ailleurs : le phénomène est localisé. Seuls la France, la Belgique francophone et une partie du nord de l’Italie sont touchés. Dans ces endroits, et nulle part ailleurs, les filles ont disparu depuis presque trois mois. Partout ailleurs, elles sont toujours présentes, tout autant, peut-être même plus qu’avant.

(Plus qu’avant la Séparation dans certains pays, c’est certain. Le Moyen Orient semble avoir connu une petite révolution en la matière.)

Ça me rassure un peu, d’une certaine façon : si le phénomène est local, ce n’est donc pas un problème physique. Pas une nouvelle Séparation, je veux dire…

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