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Nouvelle Date (X + 9, 2 jours plus tard)

 

Il est difficile de discerner les sexes désormais, mais j’ai souvent l’impression que, parmi les assaillants, les femmes se battent avec plus de férocité encore que les hommes.

Du côté des Français, nous ne savons toujours pas ce qu’il est advenu des filles…

 

Nouvelle date (X + 9, six mois plus tard)

 

J’ai joué le jeu. J’ai fait mon année et demi de service volontaire. Ils sont très rares ceux qui peuvent en dire autant. La plupart des gens craquent après trois ou quatre mois au front. Tous les autres, quelque soit leur nationalité, me regardent maintenant avec un respect mêlé d’effroi. Comment j’ai pu tenir aussi longtemps, ils ne comprennent pas. Et je suis une femme en plus, une mère. Ils ne comprennent pas mais ils jugent quand même.

Mais ce n’est pas grave, je retournerai bientôt au Labo. Ils me reprendront, je pense, bien que je ne croie pas que de nos jours il y ait grand chose à y faire. De toute façon ils n’oseront pas me refuser : je suis une sorte de célébrité maintenant. Une héroïne, on m’a dit. Et j’ai besoin de travailler.

Il faut bien vivre. Apparemment.

De la guerre elle-même, je ne veux pas vraiment parler ici. Après tout, j’ai écrit mes rapports, fidèlement, jour après jour. On me dit même qu’ils sont devenus « légendaires » et que de par le monde on se bouscule pour les lire dès qu’ils sont publiés.

Je suppose qu’il y a dix ans de cela j’aurais pu en profite pour devenir une journaliste, une correspondante de guerre. J’aurais pu gagner ma vie de cette manière. Mais ce n’est plus possible apparemment. L’information est libre et gratuite, de nos jours. Même si on ne sait toujours pas ce qu’il est devenu de nos filles…

De toutes façons la guerre sera bientôt finie. Nantes a été reprise, les Britanniques, et les volontaires internationaux qui se sont joint à eux, ont été rejetés à la mer, souvent littéralement.

A l’Ouest, l’alliance créée autours de l’Allemagne semble être en déroute. Metz, Strasbourg ont été reprises et nos armées ont franchi le Rhin il y a deux semaines. Nos enfants semblent rejouer avec un enthousiasme déprimant l’horrible saga des guerres révolutionnaires. Peut-être comptent-ils eux aussi dans leurs rangs un jeune général surdoué ? Ou peut-être, tout simplement font-ils preuve au combat d’une sauvagerie que leurs adversaires ne peuvent s’abaisser à imiter ? Dans mes moments les plus cyniques, qui sont aussi mes moments les moins malheureux, j’en suis étrangement fière. Dans mes moments les plus tristes, qui sont de loin mes moments les plus nombreux, j’ai honte de tout : d’eux, de nous, de moi et de ma fierté.

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