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Nouvelle Date (X + 9, deux semaines plus tard)

 

Comme prévu, je suis de retour au Labo. Comme je m’y attendais, il n’y a rien à vraiment y faire. Chaque jour nous faisons les mêmes gestes, nous répétons les mêmes procédures, nous maintenons une façade tout en sachant parfaitement que le Projet est un échec complet. Une annonce officielle sera faite bientôt. Nous serons libre alors. Il y aura des émeutes, je pense.

Nous ne reverrons jamais nos enfants.

Dans le Premier monde, la guerre est finie. Le froid et la neige arriverons bientôt et je suppose que, là-bas, personne n’a le courage d’endurer encore une fois les horreurs de l’hiver dernier. J’étais là ; je ne les en blâme pas même si, bizarrement, je me surprend parfois à mépriser un peu nos enfants français de ce fait. Les bôches étaient en déroute, après tout. Encore un petit effort et vous étiez à Berlin !

Et puis j’ai honte de moi. Mais c’est là une émotion à laquelle je commence à m’habituer.

C’est que tout est sale désormais. Tout est souillé ; il n’est rien qui échappe à la dégueulasserie universelle. Pas de joie sans mélange… Vous ais-je dit que les filles sont de retour ? Mes anciens… collègues du camp m’ont contactée avec la nouvelle. Nous sommes tous d’accord que c’est là une conséquence directe de la paix revenue. Peut-être une des conditions de celles-ci. Quoi qu’il en soit, elles sont là. On peut les voir se promener, le soir, dans les rues. Jamais seules pourtant.  Et même pas jamais seules ensembles. Toujours des garçons sont là qui les entourent et les accompagnent. (Je suppose que je devrais les appeler des femmes et des hommes désormais. Mais, je ne sais pas, ça ne me vient toujours pas naturellement…)

Il est impossible de les voir autrement que comme de vagues silhouettes, maintenant. Impossible de savoir comment elles vont, comment elles sont.

Mais avec elles sont apparus de nouveaux enfants. De petites figures d’ombres qui courent et gesticulent dans les rues. Ce n’est pas inhabituel ; cela fait quelques années désormais que nos enfants ont des enfants eux mêmes mais, là, ils sont beaucoup. Beaucoup trop en fait. Beaucoup plus, c’est sur, que partout ailleurs dans le Premier monde.

Oh mon Dieu, mes enfants ! Qu’avez-vous fait ?

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