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Nouvelle Date (X + 11)

 

Nous avons reformé le camp. Ils sont venu me voir la première, évidemment. A qui d’autre pouvaient-ils demander de se mettre à leur tête ?

Ce n’est pas une initiative gouvernementale. Notre « gouvernement » existe à peine désormais, a laissé tomber même si, gracieusement, ils nous ont laissé récupérer et utiliser notre ancien équipement. Non, tout cela s’est accompli sous notre impulsion propre, à nous les anciens volontaires.

Ma première décision fut de redémarrer le recrutement : le premier Camp ne s’occupait que de la France et de la guerre qui s’y déroulait. Celui-ci devra mettre en place un réseau de surveillance mondial.

La plupart d’entre nous avions abandonné le Premier monde. Imaginez ça ! Des parents, abandonnant ainsi leurs enfants ! Mais quelques uns néanmoins avaient continué, obstinément. Ce sont ces fidèles qui ont sonné l’alarme, qui nous ont contacté.

Pour l’instant nous ne pouvons que confirmer leurs observations : la violence contre les femmes est désormais un phénomène endémique à travers tout le Premier monde. C’est plus flagrant en France, évidemment mais il ne faut pas se leurrer : la planète entière est atteinte. Comme si notre pays se trouvait au point d’origine d’une épidémie, à l’épicentre d’une vague de corruption qui lentement balaie le reste du monde. Une dernière mode venue de Paris !

Alors nous avons repris les patrouilles. De nouveau nous parcourons les rues, la nuit, et les campagnes et les blocs d’appartements. De nouveau nous sommes impuissants mais tous nous éprouvons le besoin d’être témoins. De nouveau, nous observons nos enfants se déchirer et nous prenons des notes car nous ne pouvons pas les frapper et les réduire en bouillie de nos mains nues.

Parfois, ce n’est qu’une claque, qu’une baffe. Souvent, ce sont des coups de poing, des coups de pieds. Une silhouette qui s’effondre et se terre dans un coin en attendant que l’avalanche cesse. Nous ne pouvons fermer les yeux : il nous faut rester là et attendre nous aussi. Observer et noter. Attendre que l’assaillant s’en aille et que la silhouette se déplie enfin, qu’elle se redresse tant bien que mal et qu’elle s’éloigne. C’est toujours celle d’une femme ou d’une jeune fille.

Souvent, le théâtre d’ombres du Premier monde rejoue pour nous les scènes aisément identifiables d’un viol.

Qu’avons nous fait ? Où avons nous échoué ? Ils ont été nos enfants pendant douze ans après tout. Comment ont-ils pu devenir de tels monstres ?

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