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Nouvelle date (X + 12)

 

Des cas de famine localisés ont fait leur apparition. Ici, je veux dire, pas dans le Premier monde, où mourir de faim est une activité banale et, dans tous les cas, doit plutôt ressembler à une bénédiction : il y a tellement d’autres manières de mourir, dans le Premier monde !

Les chiffres en face de moi sont pourtant clairs : nous produisons assez de denrées alimentaires pour nourrir toute la population de la planète (de nos jours, environ 900 millions). C’est donc un problème de distribution : le Gouvernement mondial ne faisait pas son travail.

Cela ne m’étonne pas. Je suis mieux placée que tout autre pour le savoir, en fait : j’ai après recruté depuis un an ou plus beaucoup d’experts en quittance du G.T.

Après la Déclaration, certains parmi les ingénieurs, mathématiciens et informaticiens – les « hommes-outils » du G.T. – pouvaient encore se montrer utilisables. Le moral était bas, c’est vrai, mais il ne leur manquait qu’une chaîne de commande, un but, un projet sur lequel travailler. Je les ai appelés et ils sont venus nous rejoindre.

Mais les autres, les cadors, les savants à proprement parler, c’est à dire les chercheurs, les patrons du projet, ils avaient trop investi et ils ont sombré quand le Projet s’est écroulé. Cela s’explique facilement, je suppose. Tous les moyens sont bons est une philosophie qui ne peut se justifier que quand on obtient des résultats. Ces millions de morts doivent les hanter maintenant. Quoi qu’il en soit, ils ont touché le fond d’une étrange forme de catatonie dont rien ne les fera sortir. Le gouvernement a sombré avec eux.

Alors, petit à petit, nous, ici au Camp, avons repris le flambeau. Ce n’est pas si difficile : les fermiers, les éleveurs veulent nourrir les gens. Ce n’est pas comme s’ils avaient autre chose à faire, un avenir à préparer. Ce n’est donc qu’un problème d’organisation, comme je disais : de distribution. Ce n’est pas si compliqué ; nous avons tout ce qu’il faut ici pour le résoudre.

Nous ne pouvons pas laisser ces gens mourir de faim, après tout. Ils mourront de vieillesse bien assez vite.

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